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D. Seron, Théorie de la connaissance du point de vue phénoménologique: Résumé


 

Chapitre I: Les bases de la théorie phénoménologique de la connaissance

§ 1. L'objet de la théorie de la connaissance. — Quelques distinctions et précisions terminologiques: réceptivité et activité, théorique et pratique, jugements théoriques et jugements normatifs, etc. Il s'agit ici d'assurer à la théorie de la connaissance un point de départ husserlien: d'une part il existe bien une attitude théorique distincte des comportements pratiques, et qui est l'objet de la théorie de la connaissance; d'autre part la théorie de la connaissance est elle-même une authentique théorie (et non pas simplement une discipline qui nous dirait comment on doit connaître, etc.). La théorie de la connaissance présente certes des visées pratiques et normatives, mais elle n'en appartient pas moins d'abord à la sphère de la theoria. Détail de l'argumentation de Husserl sur ce point dans les Prolégomènes à la logique pure, clarifiée à partir de la Ve Recherche logique et des Idées II.

§ 2. La critique de la connaissance de Kant. — Résumé des principaux enjeux de la critique de la connaissance de Kant. Le projet critique de Kant s'enracine profondément dans son modèle causaliste (aristotélicien) et représentationaliste de la connaissance. Chez Kant, idéalisme signifie représentationalisme. L'auteur montre ensuite à quelles conditions ce projet critique a pu être repris par Husserl en un sens non causaliste, mais intentionnel. Motifs qui ont amené Husserl à étendre son concept d'intuition au-delà de la sphère des intuitions sensibles — ce qui le conduisit à étendre corrélativement les notions d'être (il existe des objets non sensibles: propositions, nombres, etc.) et de vérité (il existe des sciences purement non sensibles: logique et mathématique).

§ 3. La proposition de Kant "l'être n'est pas un prédicat réal". — Ici l'auteur tente d'expliquer la thèse de Kant sur l'être et de montrer qu'elle est à la base du projet critique dans son ensemble. Du point de vue critique, l'existence est toujours une existence "au sens impropre", une existence "pour moi", etc. Elle intervient seulement à titre de "prédicat logique" au sens de Kant, c'est-à-dire comme une propriété du vécu psychique et non une propriété de l'objet du monde qui est visé dans le vécu psychique. L'auteur insiste néanmoins sur le fait que cette approche de l'existence est seulement un aspect du problème, et que le phénoménologue doit aussi, dans la mesure où il aspire à énoncer de véritables connaissances, poser certains objets, à savoir les "composantes réelles" de la conscience, comme existant au sens propre. C'est typiquement la conception de Husserl.

§ 4. Critique de la méthode "analytique" et nécessité d'une théorie phénoménologique de la connaissance. — Critique de l'approche analytique classique (essentiellement Russell, le premier Carnap et Goodman). L'auteur reprend ici les arguments de Husserl contre Avenarius et Mach: il manque à ces auteurs la notion de contenu intentionnel. Autrement dit, il est illusoire de croire qu'on peut constituer les objets de la science à partir de "composantes réelles" de la conscience (= sense-data, ou sense-data + les intentions qui les animent), mais il faut introduire pour cela des contenus noématiques qui ne sont ni réductibles à de telles composantes réelles, ni assimilables aux objets visés (par exemple l'imagination de Pégase a un contenu intentionnel sans avoir d'objet). C'est là la spécificité de l'approche phénoménologique.

§ 5. Premières implications de l'idée d'une critique phénoménologique de la connaissance. — Quelques éclaircissements sur le projet husserlien d'une "critique de l'évidence": évidence et degrés d'évidence. L'auteur explique ici pourquoi la notion d'évidence joue un rôle central dans la théorie phénoménologique de la connaissance de Husserl. Le raisonnement est en gros le suivant: toute connaissance est par définition la connaissance d'un objet; l'objet est par définition ce qui se donne dans une évidence intuitive; donc toute connaissance est pourvue (fût-ce seulement idealiter) de sources intuitives. Suivent quelques précisions sur la tâche d'une critique de la connaissance, où l'auteur explique en quel sens cette tâche est en général (toujours du point de vue husserlien) d'abord une tâche de fondation, ensuite une tâche normative. Enfin, l'auteur expose brièvement, à partir de Kant, en quel sens un tel projet critique peut être réalisé d'un point de vue idéaliste.

§ 6. Le point de vue de la constitution. — L'intentionnalité n'est pas une relation, à savoir une relation entre un sujet et un objet: en effet, Brentano et Husserl s'accordent pour dire qu'une représentation sans objet est encore intentionnelle. De même le noème n'est pas du tout un objet (= un existant). Comparaison avec Nicolai Hartmann et avec Quine dans Word and Object. Cette problématique permet à l'auteur d'expliciter ce qu'est la phénoménalité au sens de Husserl, puis de défendre l'idéalisme phénoménologique de Husserl contre les objections d'Ingarden et de Driesch.

§ 7. Le principe des principes. — Eclaircissements sur le principe des principes, dans le prolongement des développements du § 5 sur le fondationalisme husserlien.

 

Chapitre II: Problèmes généraux

§ 8. Temps objectif et temps phénoménologique; sens et noème. — Premières indications sur la différence entre la signification thématisée en logique et le sens intentionnel étudié en phénoménologie. Anti-psychologisme husserlien: la vérité n'est pas une propriété affectant des actes psychiques, mais une propriété purement logique affectant des propositions.

§ 9. La différence entre la phénoménologie transcendantale et la logique pure. — Autres remarques sur la différence entre signification logique et sens phénoménologique. L'auteur s'efforce ici de réfuter l'interprétation "fregéenne" de Husserl (Føllesdal), qui tend à effacer cette différence. Mais il tente aussi de réfuter la thèse exactement opposée, qui fait du noème une composante réelle de l'acte (Küng, mais aussi les interprétations gestaltistes de Husserl, cf. Gurwitsch).

§ 10. L'idéalité du noème et l'idéalisme transcendantal. — L'auteur poursuit ici sa critique de l'interprétation fregéenne de Husserl, en clarifiant le concept d'idéalité de la signification à partir de Lotze et de Bolzano. La thèse husserlienne de l'idéalité du noème est une thèse ambiguë, qui prête à confusion en suggérant erronément que les significations de la logique et les sens intentionnels de la phénoménologie seraient "idéaux" dans le même sens. Cette ambiguïté est profonde, elle s'enracine probablement, chez Husserl, dans l'ambiguïté de son concept d'identification. L'auteur propose quelques distinctions supplémentaires pour éviter les équivoques liées au terme d'identification. Mais par ailleurs cette ambiguïté est finalement essentielle et inaliénable, simplement parce qu'elle reflète la dualité du registre ontique et du registre intentionnel de la phénoménologie. Nous utilisons le même langage dans l'attitude naturelle et dans l'attitude phénoménologique: par exemple nous employons le même mot "stylo" pour désigner, dans l'attitude naturelle, un objet transcendant et, dans l'attitude phénoménologique, le noème purement immanent d'un acte psychique. L'auteur se réfère ici à Fink. Ces éclaircissements lui permettent ensuite de réfuter la thèse 10 de Føllesdal ("les noèmes sont connus par une réflexion spécifique, la réflexion phénoménologique") ainsi que d'approfondir encore la notion husserlienne de phénoménalité introduite au § 6. De nouveau: l'intentionnalité est une propriété du vécu, et non une relation! L'idéalisme transcendantal husserlien doit être compris sur cette base. Quand Husserl affirme la dépendance ontologique du monde transcendant du point de vue idéaliste de la phénoménologie transcendantale, cette dépendance doit finalement se comprendre au même sens où une propriété est ontologiquement dépendante de son substrat (tandis que les relata d'une relation sont toujours, par définition, ontologiquement indépendants l'un de l'autre).

§ 11. Théorie de la connaissance, théorie de la science, sémantique. — Distinction entre un concept phénoménologique et un concept "naïf" de la connaissance. Opposition husserlienne entre théorie de la connaissance (= science des vécus cognitifs) et théorie de la science (= Wissenschaftslehre au sens de Bolzano, c'est-à-dire: logique en tant que science des vérités "en soi"). Retour au concept de sens: l'authentique "sémantique" serait ce que Husserl appelle la "morphologie pure des significations", etc.

§ 12. Difficultés. — Une difficulté centrale est liée à la conception "logiciste" de la logique défendue par Husserl: des objets logiques (des "significations") existent "en soi" dans un monde purement idéal, etc. L'auteur tente ici une défense de cette conception des Recherches logiques de Husserl. À cette fin, il aborde la question classique du rapport entre équivalence et identité de la signification (les expressions "triangle équilatéral" et "triangle équiangle" ont des significations équivalentes mais différentes), en demandant comment on peut décider de la synonymie ou de la différence sémantique de deux  expressions. Puis, reliant cette question à celle, très générale, de l'objectivité de la signification, il énonce quelques arguments en faveur de la position logiciste de Husserl. L'auteur montre notamment que le "platonisme" des significations de Husserl doit se comprendre au sens d'un platonisme logique et non phénoménologique — ce en quoi il n'entre nullement en contradiction avec la réduction phénoménologique.

§ 13. Rapport entre les formes logiques et les formes expressives et psychiques. — Difficultés liées d'une part au rapport entre les significations (dont l'auteur a évoqué l'"objectivité" au § 12) et leurs expressions, d'autre part entre les significations et les vécus de signification. En particulier les deux questions suivantes: existe-t-il un homéomorphisme (une communauté de structure) entre signification et signifiant? Existe-t-il un homéomorphisme entre signification et intention de signification?

§ 14. Le besoin de fondation de la logique pure. — Le fondationalisme husserlien. Sens de la thèse de Husserl suivant laquelle les représentations symboliques des sciences doivent (en droit) pouvoir être ramenées à des sources intuitives. L'auteur explique à partir de là comment Husserl se représente la constitution d'objets "de niveau supérieur". Cette constitution se fait, d'après Husserl, par synthèses et nominalisations successives: la synthèse de a avec b procure (par nominalisation) un nouvel objet c, qui est uni synthétiquement avec d pour former un nouvel objet e, et ainsi de suite. L'auteur explique ensuite l'opposition husserlienne entre acte nominal (simple) et acte syntaxique (complexe), qui est à la base du concept de constitution.

§ 15. Autres différences entre la logique pure et la critique de la connaissance. — Quelques indications sur la généralité logique d'après Husserl, puis sur la manière dont Husserl conçoit la fondation de connaissances nomologiques et la connaissance en général, en montrant que cela implique nécessairement une hétérogénéité et une antériorité de la critique de la connaissance relativement à la logique.

§ 16. La phénoménologie comme "doctrine des essences immanentes". — La critique de la connaissance fournit elle-même des connaissances générales (= aprioriques = sous forme de lois). Les vécus individuels n'intéressent le phénoménologue que comme des exemples de "lois d'essence". Ce qui intéresse ultimement le phénoménologue, c'est plutôt le vécu en général. C'est en ce sens que la phénoménologie est définie, dans les Idées I, comme une "théorie des essences immanentes". Néanmoins la généralité des "lois d'essence" phénoménologiques est d'après Husserl fondamentalement différente de celle des lois mathématiques. La phénoménologie n'est pas une science déductive, mais une science "pure descriptive" — ce que Husserl appelle aussi une "eidétique descriptive". L'auteur explique ici quelques difficultés et quelques avantages résultant de ce choix méthodologique, qui est délibérément paradoxal.

§ 17. La thèse du Je pur. — Dans le prolongement du § 16, l'auteur explique en quel sens la nécessité du "je suis" n'est pas assimilable, pour Husserl, à la nécessité d'une particularisation d'une loi d'essence. La nécessité du "je suis", souligne Husserl dans les Idées I, est une "nécessité de fait" et non une "nécessité d'essence". Ensuite l'auteur développe quelques problèmes liés à la prétention husserlienne à l'"absence de présuppositions" (Voraussetzungslosigkeit), en lui opposant les critiques de Nicolai Hartmann, de Heidegger et de Russell. Enfin il évoque brièvement la possibilité d'une fondation des sciences qui serait simplement hypothétique (cf. Windelband, Volkelt, Driesch, les néokantiens de Marbourg), en prenant la défense de Husserl.

§ 18. La réflexion phénoménologique: a) Aperçu critique. — L'auteur donne ici un aperçu de plusieurs critiques et difficultés de la conception "classique" de la réflexion. Il part essentiellement des objections de Henrich, de Pothast et de Tugendhat, pour ensuite commenter les critiques brentaniennes et néokantiennes de l'introspection, qui sont à l'origine de ces débats. Il montre que la question porte d'une part sur la possibilité d'une introspection (perceptive) et d'autre part sur celle d'une perception interne: Husserl affirme la possibilité de la perception interne comme de l'introspection; Brentano se prononce pour la perception interne mais contre l'introspection (idem pour Wundt si on considère que ses "introspections indirectes" ne sont pas des introspections proprement dites); tous les néokantiens de Marbourg se prononcent à la fois contre la perception interne et contre l'introspection. Enfin l'auteur commente la réponse de Husserl aux objections de Brentano au § 79 des Idées I: c'est le concept de rétention qui permet à Husserl de réaffirmer la possibilité d'une introspection perceptive par-delà les apories soulevées par Brentano. b) Clarification phénoménologique. — L'auteur esquisse ici une solution husserlienne (c'est-à-dire favorable aussi bien à la perception interne qu'à l'introspection) de plusieurs problèmes liés au caractère réflexif de la phénoménologie, en se centrant sur la théorie husserlienne de l'Ichspaltung et sur la question d'une réflexion noématique. En deux mots: l'ego qui s'objective soi-même doit être "simultanément" (et aussi en tant qu'il s'agit en réalité du même ego: évidemment il n'y a pas ici deux ego, mais un seul!) un ego mondain ou "naïf" et un ego phénoménologisant (ici l'auteur suit Husserl contre Fink). Ce n'est qu'à cette condition, d'après Husserl, que le phénoménologue peut étudier phénoménologiquement la constitution des objets du monde dans la subjectivité transcendantale. L'auteur explique ensuite en quel sens c'est la notion de noème qui permet à Husserl de remédier à cette difficulté. L'essentiel est ici que, dans l'attitude réflexive phénoménologique, l'ego continue à objectiver le monde, mais sur un mode nouveau, qui est celui prescrit par la réduction phénoménologique. En ce sens, comme Husserl l'a souligné à maintes reprises, la réduction phénoménologique ne nous écarte pas du monde. Il y est bien question (bien que sur un mode "neutralisé") du même monde que dans les sciences naïves!